Giampietrino et le Christ Portant la Croix (N2)

Giampietrino est reconnu comme l’un des principaux relais picturaux de Léonard de Vinci dans le Milan du début du XVIᵉ siècle.

Ses Christs portant la Croix occupent une place centrale dans la diffusion d’un modèle dérivé du Dessin de la Tête du Christ conservé à Venise, unanimement reconnu par les historiens comme la source originelle de ces compositions.

1. Les versions homogènes (Londres, Budapest, Turin)

Les versions de Londres, Budapest et Turin, vers 1520,  forment un groupe homogène par leurs dimensions, leur cadrage et leur construction.

Les superpositions des lignes maîtresses, à l’aide des images infrarouges, montrent une coïncidence quasi parfaite de la figure du Christ, indiquant l’usage d’un même carton, comme il a été établi pour les versions de Londres et de Budapest, par la National Gallery de Londres.

Ces œuvres sont le plus souvent présentées comme des copies réalisées dans l’atelier, reconnaissables à leur forme très cohérente et à une reprise fidèle et constante du modèle, lui-même issu du dessin conservé à Venise.

2. Le Dessin de Venise comme source reconnue

La National Gallery de Londres et les historiens (dont Pietro C. Marani, Carlo Pedretti…) identifient explicitement le Dessin de Venise comme la source directe des Christs de Giampietrino.

La continuité entre dessin, carton et peintures est donc solidement établie dans la littérature scientifique.

Giampietrino apparaît ici comme un peintre capable de fixer et multiplier un modèle léonardien, sans en modifier profondément la structure.

Tête du Christ de Venise

3. Les versions de format supérieur (Vienne, Milan)

Un second groupe reprend le même modèle, mais dans un format plus grand, comme à Vienne et à Milan.

Malgré cette différence d’échelle, la structure du Christ reste fidèle au versions de Londres, Turin et de Budapest.

Ces œuvres sont généralement vues comme des adaptations tardives ou des commandes particulières, ajustées à un autre usage ou contexte de dévotion.

Christ Portant la Croix - Vienne (Giampietrino )

4. Comparaison avec le Tableau

Un schéma commun…

L’étude montre que Le Tableau partage avec les versions de Giampietrino la même structure fondamentale du Christ.

Les superpositions confirment une proximité géométrique forte, compatible avec l’usage d’un carton commun ou d’un modèle intermédiaire dérivé du Dessin de Venise.

Ce point explique que certains auteurs aient envisagé, par le passé, une possible attribution à Giampietrino

…mais une exécution différente

C’est sur le terrain technique que les différences deviennent déterminantes.

L’étude comparative entre le Tableau et les modèles de Giampietrino synthétise ces écarts, dont un point majeur souligné par l’Université de Bologne.

Les analyses techniques indiquent que Le Tableau ne se comporte pas comme une simple réplique d’atelier.

Superposition tracés Le Tableau et Giampietrino

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5. Pourquoi le Tableau n’est pas un Giampietrino

Parmi les divergences significatives observées entre Giampietrino et le Tableau, plusieurs points ont été identifiés.

1. La méthode de transfert : le Tableau a été réalisé à partir d’un carton transféré par spolvero, une méthode impliquant un travail préparatoire précis et actif.

À l’inverse, Giampietrino recourt à un procédé de copie à base de carbone, plus mécanique et mieux adapté à la production de séries.

2. La présence de repentirs : aucun repentir n’est visible dans les images infrarouges des versions de Londres et de Budapest.

Dans Le Tableau, au contraire, l’artiste modifie la composition en cours d’exécution et retire même de la peinture fraîche, signe d’un processus créatif en évolution, incompatible avec une copie fidèle.

3. La radiographie (Figure de gauche) : Les radiographies des œuvres de Giampietrino apparaissent peu contrastées, traduisant une construction picturale homogène et régulière.

Le Tableau, en revanche, présente une stratification plus complexe, avec des variations internes indiquant un processus créatif distinct.

4. Le cas du nimbe : dans Le Tableau, le nimbe n’appartient pas à la conception initiale : il a été ajouté lors d’un repeint, très probablement au XVIᵉ siècle.

5. L’observation clé de l’Université de Bologne : un point essentiel, indépendant des lectures radiographiques, a été formulé par l’Université de Bologne (avril 2022). Sur la base des données techniques disponibles, les spécialistes concluent que : « La technique utilisée pour Le Tableau n’est pas compatible avec la pratique de Giampietrino. »

Images rayons X

– Giampietrino : peu contrastée
– Le Tableau : carnations au blanc de plomb

6. Conséquence pour l’attribution

Les Christs portant la Croix de Giampietrino et Le Tableau partagent une source commune, issue du dessin de Léonard de Vinci, et probablement un même carton.

Cependant, les différences anatomiques, formelles, techniques et l’analyse indépendante de l’Université de Bologne excluent Giampietrino comme auteur possible de Le Tableau.

Giampietrino apparaît ainsi comme un diffuseur fidèle du modèle léonardien, tandis que Le Tableau relève d’une démarche picturale distincte, plus proche du dessin source et d’un processus de création autonome.