Le Personnage de droite : un présence singulière et déterminante (N3)

La présence d’un jeune personnage, placé à droite du Christ, constitue l’un des éléments les plus surprenants et déterminants du Tableau. Inexistante dans les versions connues de Giampietrino et absente des variantes milanaises traditionnelles du Christ portant la Croix, cette figure introduit une dimension nouvelle, tant sur le plan iconographique que technique.

Cette page est organisée en trois volets : (1) une lecture morphologique et iconographique du personnage (physionomie, résonances avec des modèles milanais), (2) l’examen de la question du contact entre la main du Christ et la tunique, susceptible d’éclairer son rôle dans la scène, (3) une analyse technique du procédé d’exécution, montrant une figure ajoutée au moment de la mise en peinture selon un report différencié.

1. Morphologie et identité iconographique

Le personnage présente les traits d’un adolescent androgyne, aux cheveux bouclés, au regard tourné vers le Christ, avec un modelé doux, proche des figures milanaises influencées par Léonard.

Les caractéristiques suivantes ont été relevées :

– modelé du visage très délicat, transitions douces, sfumato perceptible ;

– cou élancé, légèrement incliné ;

– expression contemplative ;

– tunique claire ornée d’une frise textile visible sur le col.

Plusieurs rapprochements iconographiques montrent que ce personnage peut être rapproché :

– du Portrait d’un jeune homme attribué à Léonard de Vinci  ou Suiveur (?) (Collection Léonard de Vinci – Galerie des Offices), dont le col présente une frise identique ;

– de Proserpine dans le Rapt de Proserpine attribué à l’atelier de Giampietrino.

Ces convergences ne permettent pas d’identifier l’origine exacte du personnage, mais elles renforcent l’idée d’une proximité stylistique avec des modèles milanais influencés par Léonard.

Morphologie du personnage

  – Androgyne, cheveux bouclés
  – Sfumato perceptible
  – Frise textile identique au dessin des Offices

2. La question du contact : la main du Christ touche-t-elle la tunique ?

L’un des éléments les plus débattus concerne le mouvement ascendant des plis du côté de la main (à gauche) sur la tunique du personnage ; les plis situés à droite ne présentent pas d’anomalie particulière et n’appellent pas de commentaire. 

Contrairement à ce que l’on attendrait d’une draperie tombante, les plis du vêtement semblent se soulever légèrement vers le haut, comme s’ils étaient entraînés par :

– un contact physique,

– un mouvement de traction,

– ou une pression exercée par la main du Christ.

Une spécialiste renommée de l’histoire du textile antique et médiéval (Mary Harlow) a examiné cette observation.

Elle conclut que l’hypothèse d’un contact volontairement représenté par l’artiste est cohérente et plausible, sans toutefois pouvoir être démontrée de manière irréfutable.

Ce détail, s’il était confirmé, renforcerait l’idée que le personnage joue un rôle narratif, probablement en lien direct avec le Christ, et non celui d’un simple figurant.

Contact avec la main du Christ

 – Plis ascendants atypiques
– Hypothèse d’un contact validée comme plausible

3. Analyse technique : une figure ajoutée au moment de l’exécution

Les analyses du dessin préparatoire montrent que :

– la tête et la main du Christ ont été reportées au spolvero à partir d’un carton,

– tandis que le personnage de droite a été reporté au procédé carbone (tracé libre ou copie d’un modèle).

Cette dissociation technique est fondamentale :

1. Elle indique que le carton d’origine ne comportait pas le personnage.

2. Elle montre que l’artiste a rééquilibré la composition en décalant légèrement le Christ vers la gauche pour insérer la figure.

3. Elle explique la troncature de la robe du Christ sur le côté gauche du panneau.

Ce point constitue l’un des éléments les plus déterminants de toute l’étude :

Le Tableau reprend bien le carton commun utilisé par Giampietrino pour le Christ, mais l’artiste du Tableau ajoute un personnage absent des versions milanaises connues.

L’ensemble donne au Tableau une dimension unique : une interprétation autonome d’un modèle largement diffusé, enrichie d’un personnage volontairement construit et techniquement distinct.

Analyse technique : ajout ultérieur/carton

  – Christ au spolvero
  – Personnage au carbone
  – Ajout lors de l’exécution
  – Décalage de composition