Provenance et historique (N3)
La provenance documentée du Christ portant la Croix demeure lacunaire, faute de sources d’archives continues. Cette page rassemble donc quatre volets complémentaires : (1) l’histoire matérielle récente de l’œuvre, avec la révélation du personnage de droite dans les années 1960 ; (2) un repère administratif datable, le sceau de cire rouge attestant un passage à Rome vers 1814 ; (3) une mention au verso, l’écriture “asta” (vente aux enchères), indice possible de circulation ; (4) enfin, l’hypothèse d’un usage dévotionnel, susceptible d’éclairer certaines altérations et le recouvrement ancien du personnage.
1. Années 1960 : révélation du personnage de droite
La dernière partie explore la figure de l’apôtre Thaddée dans La Cène de Léonard et dans ses copies. Elle analyse les correspondances morphologiques et les superpositions, la réutilisation de modèles au sein de l’atelier, et replace le dessin de Venise dans l’ensemble du projet léonardesque autour de La Cène.
L’image du personnage présentée ici provient d’une superposition entre l’image visible et une image LAM (multispectrale), procédé qui permet de faire réapparaître des informations devenues peu lisibles, notamment une chevelure en grande partie disparue.

Personnage de droite
Superposition de l’image visible et de l’image LAM, révélant la chevelure.
2. Le sceau de cire rouge : un passage avéré à Rome (vers 1814)
Au verso du panneau se trouve un sceau de cire rouge, parfaitement conservé, identique à celui observé sur dix autres peintures répertoriées.
Certaines de ces œuvres sont aujourd’hui conservées :
– au Vatican,
– au Metropolitan Museum of Art (New York),
– dans des collections publiques et privées européennes.
La présence du Tableau à Rome à cette période ne fait aucun doute : ce type de sceau correspond à un marquage administratif apposé sur des peintures enregistrées dans un circuit officiel. L’interprétation la plus probable est celle d’un transit à Rome à la fin du conflit napoléonien, notamment dans le cadre des opérations de restitution de 1814.
Ainsi, le sceau constitue une preuve matérielle de la présence du Tableau à Rome vers 1814 et fournit le premier repère chronologique solide de sa trajectoire historique.

Sceau de cire rouge
– Identique à 10 autres œuvres connues
– Rome vers 1814
– Passage documenté dans un inventaire
3. Ecriture Asta (Baguette basse perdue)
Le verso comportait, sur la baguette basse aujourd’hui disparue, une inscription lisible « asta », apparemment suivie de chiffres. D’après l’étude, « asta » est un terme italien signifiant vente aux enchères ; pris isolément, ce marquage constitue surtout un indice matériel de circulation (passage par une ou plusieurs ventes très probablement au 19ème siècle).
L’inscription n’est repérable que par émissiographie, technique d’examen de surface rendant visibles des détails peu lisibles en photographie standard.

Inscription 'asta'
– ‘asta’ = vente aux enchères
– Probablement du 19ème siècle
4. Une peinture de dévotion
Par son format et son sujet, l’œuvre relève vraisemblablement des images destinées à la dévotion privée, favorisant une relation rapprochée au motif. Il est par ailleurs reconnu que ce type de composition montrant le Christ seul a largement servi à cet usage.
Dans cette perspective, le Professeur Seracini avanc, sur la base de son expérience et d’altérations comparables observées sur d’autres peintures, que certaines traces verticales visibles sur le dos du Christ pourraient provenir de flammes de bougies placées sous l’image, scénario compatible avec une pratique dévotionnelle.
Cette hypothèse fournit enfin un cadre pour comprendre le recouvrement ancien en noir du personnage de droite : un ajustement visuel destiné à concentrer la dévotion sur le Christ.

Dos du Christ
– Traces verticales visibles
– Provenant de flammes de bougies ?

Dos du Christ
– Traces verticales en pointillé
– Oeuvre de dévotion ?