Les historiens, le Dessin de Venise et l'hypothèse d'un carton perdu (N3)

Cette page rassemble les positions d’historiens et de conservateurs sur le Dessin de Venise (Tête du Christ) et sur une question centrale : dessin isolé ou étude préparatoire pour une composition plus vaste aujourd’hui perdue. 

L’enjeu est direct pour Le Tableau : si un carton a existé, il pourrait expliquer la diffusion d’un même schéma du Christ, au-delà d’une seule main, dans l’aire milanaise.

Le Dessin de la Tête du Christ de Venise (Léonard de Vinci)

Tête du Christ et Main Tirant les Cheveux 

1. Le Dessin de Venise : notice utile

  • Dessin : Gallerie dell’Accademia (Venise), n°231.

  • Technique / support : métal sur papier préparé gris-bleu.

  • Dimensions : 116 × 91 mm.

  • Sujet / pose : Christ de trois-quarts, regard tourné vers ses épaules.

  • Geste : cheveux tirés par une main surgissant à gauche.

  • Attribut : couronne d’épines (épisode de la Passion).

  • Datation proposée : 1490–1495.

  • Contexte : réflexion de Léonard sur la Passion au moment de La Cène.

 

2. Dessin isolé ou étude préparatoire ?

Plusieurs auteurs considèrent plausible que ce dessin ait ouvert vers une composition plus élaborée, potentiellement via un carton (à grandeur réelle), sans preuve documentaire définitive. 

La question reste donc méthodologique : distinguer ce qui relève d’une invention de Léonard (modèle source) et ce qui procède d’une production d’atelier (répétitions, variantes, diffusion).

3. Positions d’historiens

Wilhelm Suida

Wilhelm Suida (1929) envisage que Léonard ait traité le motif en plusieurs variantes, l’une pouvant sous-tendre des œuvres lombardes « remarquablement concordantes »

Carlo Pedretti

Carlo Pedretti (1979 ; 2006/2007) reprend l’hypothèse d’une composition perdue de Léonard autour du Cristo Portacroce.

Wilhelm Suida

Wilhelm Suida (1929) envisage que Léonard ait traité le motif en plusieurs variantes, l’une pouvant sous-tendre des œuvres lombardes « remarquablement concordantes »

Pietro C. Marani

Pietro C. Marani (1992 et travaux cités) s’interroge sur le lien entre le dessin et ses dérivations ; il souligne l’absence de réalisation connue, tout en considérant le dessin comme préliminaire à une composition plus vaste, pouvant avoir généré des répliques d’école.

Carmen Bambach

Carmen Bambach (2003) n’exclut pas l’idée d’une composition plus élaborée via un carton, tout en rappelant l’absence de document probant.

National Gallery

National Gallery (Keith & Roy, 1996) : les examens techniques de restaurations et l’étude de Giampietrino s’inscrivent dans le cadre plus large de la diffusion des motifs léonardiens à Milan ; ces travaux constituent une base importante pour discuter des mécanismes de copie et de transfert.

4. Lecture utile pour l’étude du Tableau

Le dossier historiographique ne « prouve » pas un original peint de Léonard, mais il rend cohérente l’hypothèse d’un modèle intermédiaire (carton ou composition perdue) ayant alimenté plusieurs images apparentées. 

C’est ce cadre qui permet d’articuler, sans conclure à une attribution, la chaîne : Dessin de Venise → diffusion du motif → variantes milanaises (Giampietrino), puis comparaison technique et morphologique avec Le Tableau.

Giampietrino (NG Londres)