Radiographie du Tableau et comparaison avec les Christs Portant la Croix de Giampietrino (N4)

La radiographie du Tableau se distingue par un contraste élevé, révélant de manière nette les zones riches en blanc de plomb, pigment de forte densité apparaissant en clair à l’examen aux rayons X. Cette lisibilité radiographique concerne en particulier les carnations et certaines zones structurantes du visage et de la figure du Christ.

L’image radiographique met également en évidence des interventions en cours d’exécution. On observe que l’artiste a retiré de la matière picturale au niveau du front et de la barbe du Christ alors que la peinture était encore fraîche, attestant un repentir de couleur intervenu durant le processus de création, et non une retouche tardive. Ce type de modification, directement perceptible en radiographie, témoigne d’une pratique picturale évolutive et expérimentale.

Le Tableau - Image rayons X

Comparaison radiographique avec les Christs portant la Croix de Giampietrino

1. Préparation du support et couches sous-jacentes

Selon la National Gallery de Londres, le panneau de peuplier de la version londonienne attribuée à Giampietrino est préparé avec une couche initiale de gesso mêlé à de la colle, recouverte d’une imprimatura relativement opaque, de teinte gris brunâtre clair. Cette stratigraphie conditionne fortement l’aspect radiographique de l’œuvre.

Rayons X - Giampietrino Londres

3. Écarts techniques significatifs

La confrontation des radiographies met en évidence un écart technique majeur entre le Tableau et les œuvres de Giampietrino :

– usage plus marqué du blanc de plomb dans Le Tableau ;

– présence de repentirs visibles en radiographie ;

– contrastes structurels plus affirmés dans la couche picturale.

Ces différences sont corroborées par l’examen de la couche picturale mené par l’Université de Bologne (04/2022), qui conclut que « la technique utilisée pour le Tableau n’est pas compatible avec la pratique de Giampietrino sur la base des données techniques disponibles à ce jour ».

2. Aspect radiographique des versions de Giampietrino

Les radiographies des versions de Giampietrino conservées à Londres et à Budapest apparaissent peu contrastées. La figure du Christ et la croix y sont perceptibles de manière relativement diffuse, suggérant l’emploi majoritaire de pigments de faible densité. Les carnations, en particulier, contiennent une proportion limitée de blanc de plomb, ce qui se traduit par des zones radiographiquement plus homogènes et moins lisibles.

La dominance de tonalités grises dans ces images radiographiques reflète une économie de moyens pigmentaires et une technique plus stable, sans repentirs clairement identifiables à ce stade de l’exécution.

Rayons X - Giampietrino Budapest

3. Conclusion comparative

La radiographie du Tableau met en évidence une œuvre techniquement plus élaborée, avec des repentirs visibles et un usage marqué du blanc de plomb. En comparaison, les versions de Giampietrino présentent des images radiographiques plus homogènes et moins contrastées, traduisant une méthode plus stable. Ces écarts techniques, clairement observables aux rayons X, suggèrent des pratiques picturales différentes et invitent à reconsidérer le lien direct du Tableau avec l’œuvre de Giampietrino.