Eléments excluant une attribution à Giampietrino

Nous reprenons ici les principales différences entre Le Tableau et les versions de Giampietrino. Si ces représentations présentent, au premier regard, une proximité certaine, elles révèlent néanmoins des écarts significatifs dans l’exécution.

Peintre du cercle milanais, Giampietrino a fortement intégré le répertoire de Léonard de Vinci, jusqu’à chercher à en reproduire les effets, et parfois à travailler d’après ses modèles. Parmi les exemples souvent cités figurent des reprises de La Cène, des dérivations autour de la Léda, ainsi que des compositions telles que Salomé et Cléopâtre (même figure/carton), documentées par la National Gallery (Technical Bulletin, vol. 17, 1996). 

Parmi les nombreuses versions du Christ portant la Croix attribuées à Giampietrino, trois d’entre elles,  Londres, Budapest et Turin, se distinguent par leurs similitudes de formes et de dimensions avec Le Tableau. La coïncidence exacte des tracés du Christ et de la croix suggère fortement l’usage d’un même carton pour ces quatre compositions.

Le Tableau et trois versions de Giampietrino

– Le Tabeau et trois peintures identiques de Giampietrino
– Mêmes dimensions, mêmes tracés
– Présomption d’un même carton pour ‘Londres’ et ‘Budapest’ (NG Londres)

Superpositions des lignes principales

– Proximité géométrique forte
– Divergences : avant-bras, raie de la chevelure…
– Carton commun ?

La main du Christ

– Le Tableau : un traitement plus réaliste
– Un traitement des ombres et des lumières différent

1. Différences anatomiques et autres

Cependant, des différences notables apparaissent dans la représentation de la scène :

  • Sur le plan anatomique, on peut noter chez Giampietrino que la main est moins bien représentée, que les muscles de l’avant-bras du Christ sont beaucoup moins développés et que la raie de la chevelure est décalée de manière significative par rapport au ‘Tableau’.
  • Sur d’autres éléments, par exemple dans la construction de la croix, la couronne d’épines et les gouttes de sang et dans la représentation de la robe du Christ (toge romaine)

2. Technique d’éxécution

En ce qui concerne la technique d’exécution, plusieurs différences importantes ont été relevées entre Giampietrino et ‘le Tableau’ :

  • Le report du dessin préparatoire à partir d’un carton a été réalisé par la technique du spolvero pour ‘le Tableau’, tandis que Giampietrino a procédé par un système de copie à base de carbone.
  • Par ailleurs, aucun repentir n’est visible dans les images infrarouges de ‘Londres’ et de ‘Budapest’ de Giampietrino, contrairement au ‘Tableau’, où l’artiste a également retiré de la peinture fraîche lors de l’exécution.
  • Dans ‘le Tableau’, le nimbe a été ajouté lors d’un repeint, très probablement au 16ème siècle.

Le Tableau - Spolvero

– Spolvero non détecté chez Giampietrino

3. Radiographie

Les images rayons X permettent également de comparer les œuvres. Chez Giampietrino, la scène est à peine visible, noyée dans une masse grise. Ceci s’explique par l’utilisation de pigments contenant peu de matière dense, comme le blanc de plomb des carnations.

Image Rayons le Tableau et Giampietrino

– Images de Giampietrino de Londres et de Budapest peu contrastées

– Expliqué par une utilisation marquée du blanc de plomb dans le Tableau (Carnations)

4. Une peinture non compatible avec Giampietrino, selon l’Université de Bologne

  • En outre, selon des données techniques provenant de l’Université de Bologne (avril 2022), « La technique utilisée (pour ‘le Tableau’) n’est pas compatible avec la pratique de Gianpietrino sur la base des données techniques disponibles à ce jour ».
  • Enfin, en examinant le dessin de la Tête du Christ de Venise de Léonard de Vinci considéré comme la source des ‘Christ Portant la Croix’ étudiés, on constate que ‘le Tableau’ présente plus de ressemblances avec ce dessin que les compositions de Giampietrino (La raie de la chevelure, ci-contre).

Axe de la raie : concordance Tableau / Dessin de Venise, décalage chez Giampietrino

Le Tableau et Giampietrino présentés de manière inversés (miroir)

Verticale verte (naissance de la raie) coïncide avec Le Tableau et le Dessin, mais décalée chez Giampietrino

Flèchesrepères morphologiques (boucles, implantation, volumes)

5. Synthèse

En conclusion, les ‘Christ Portant la Croix’ de Giampietrino et ‘le Tableau’, inspirés du ‘Dessin de Venise’ de Léonard de Vinci présentent des similitudes, laissant supposer l’utilisation d’un même carton, déjà démontré par la National Gallery de Londres pour les versions de ‘Londres’ et de ‘Budapest’. Cependant, de nombreux éléments les distinguent, ce qui écarte Giampietrino comme auteur potentiel du ‘Tableau’.