Les inscriptions 'Leonardo', 'Salajno' et 'Salaj' (N4)

Le revers du panneau présente trois écritures distinctesdeux à l’encre et une gravée — souvent évoquées dans l’attribution et l’historique de l’œuvre. Aucune ne fait preuve d’auteur : elles constituent un faisceau d’indices matériels (trait, ordre d’exécution, lisibilité selon l’imagerie, intention de marquage), à interpréter avec prudence, appuyé sur l’imagerie et une expertise complémentaire.

Sommaire

1. Les trois écritures observées

2. Superposition ‘Salaj’ et ‘Salajno’

3. Apport expertise Ose Art Service

4. Conclusion méthodologique

1. Les trois écritures au dos du panneau

1.1. « Leonardo » (à l’encre, noir de carbone)

– Localisation : sous la traverse basse.
Caractéristiques matérielles : écriture à l’encre noire (noir de carbone selon analyse).
– Lecture et statut : il s’agit d’un marquage postérieur à l’exécution picturale ; aucune conclusion ne peut être tirée sur l’auteur de cette mention.

Point de méthode : une inscription nominative au verso est souvent un marquage d’inventaire, de collection, d’atelier, de marchand ou une annotation tardive fondée sur une attribution supposée. La prudence est donc impérative.

1.2. « Salajno / Salaino » (à l’encre, noir de carbone)

– Localisation : sous la traverse haute.
– Lecture :  « Salajno » (avec un “j”). J (i long) signe alphabétique qui ne constitue pas une lettre à lui-même, mais une variante graphique de l’i.

– Point essentiel : cette écriture recouvre une inscription plus ancienne, gravée, sous-jacente (voir 2.3).

1.3. « Salaj/… » (gravée / incisée dans le bois)

– Nature : inscription gravée, moins visible à l’œil nu, mais mieux perceptible en lumière rasante et en infrarouge. L’université de Bologne évoque une inscription gravée sous-jacente à l’inscription Salajno (Rapport p44 – Avril 2022).
– Lecture : « Salaj », suivi d’une barre oblique (slash) et d’un caractère supplémentaire.

– Selon l’encyclopédie Trecanni, Salaj est le surnom donné par Léonard de Vinci à ‘Salaj’ (Gian Giacomo Caprotti), son compagnon : ‘Gian Giacomo Caprotti detto Salaj’.

– Interprétation ouverte : la barre oblique peut correspondre à un séparateur, à un signe de continuation, ou à un marqueur d’abréviation selon les pratiques graphiques ; le dernier caractère demeure indéterminé dans l’état actuel de lecture.

'Salajno/Salaino'

Encre, recouvrement du tracé sous-jacent

'Salajno/Salaino'

Encre, recouvrement du tracé sous-jacent

'Salaj/...'

Gravure/incision, slash + caractère indéterminé

2. Superposition et chronologie relative (Inscriptions Salajno et Salaj)

L’étude propose une relation matérielle nette :
– l’inscription gravée « Salaj/… » est antérieure ;
– l’inscription à l’encre « Salajno » vient ensuite, en recouvrement lettre par lettre.

Cette chronologie est cohérente avec les observations d’imagerie : dans certaines zones, l’encre semble pénétrer ou se loger dans les micro-reliefs de la gravure, ce qui plaide pour une application postérieure de l’encre sur un tracé déjà présent.

Schéma de superposition

Superposition : encre au-dessus (bleu) / tracé sous-jacent (rouge)

Inscriptions 'Salajno' / 'Salaj'

‘Salaj’ : gravure visible à droite

Inscriptions 'Salajno / Salaj'

‘Salaj’ ; gravure visible à gauche

Inscription 'Salaj'

‘Salaj’ : partiellement visible/image LAM 16 (2021)

3. Apport de l’expertise OSE Art Services (complément technique)

L’expertise OSE Art documente l’inscription haute du verso en distinguant deux “scripts” superposés, décrits par leur morphologie et leur comportement sous éclairages (lumière blanche, transmise, UV, bleu, fort grossissement, microscope). 

3.1. Deux scripts distincts : TNF et TEE

OSE Service nomme :

– TNF (“Trait Noir Fin”) : le premier script, plus difficile à lire, observé comme pouvant présenter des marques de pression dans le bois par endroits, avec des grains noirs jugés visuellement compatibles avec un noir de carbone, compatible avec les images IR.

TEE (“Trait Encre Épais”) : le second script, à l’encre, sans marques de pression, appliqué en surface et postérieur au TNF (recouvrement). 

Cette description est particulièrement utile car elle met en évidence la superposition, le contraste “fin / épais”, et l’ambiguïté matérielle du script TNF, qui combine selon les zones dépôt noir et effet de pression.

3.2. Limites documentées par OSE Art

OSE Art souligne deux facteurs qui compliquent la lecture :

– la présence d’une couche de cire protectrice au verso, à prendre en compte dans l’interprétation des images ; 

– l’absence de conclusion définitive sur la technique exacte du script TNF (gravure, pression, autre), la documentation disponible ne permettant pas de trancher formellement.

Téléchargement rapport Ose Art

4. Conclusion méthodologique

4.1. Points solides

– Il existe au moins deux strates d’écriture superposées sur la zone haute du verso : une première (TNF) et une seconde (TEE) appliquée au-dessus. 

– L’inscription à l’encre (TEE) est postérieure au premier script (TNF), car elle recouvre le tracé antérieur. 

– La lecture “Salaj/…” pour le tracé sous-jacent et “Salajno/Salaino” pour le tracé supérieur constitue une hypothèse cohérente avec la superposition observée.

– L’inscription « Salaj/… » pourrait remonter à l’origine de l’œuvre. En conséquence, la borne basse de sa datation (au sens “le plus tôt possible”) se confond avec la date d’exécution du panneau peint.

4.2. Points non conclusifs

– Datation : aucune des écritures ne peut être datée de façon sûre par la seule forme des lettres.

– Auteur des inscriptions : la présence des mots « Leonardo » ou « Salaj… » ne permet pas d’attribuer ces écritures à Léonard, ni à un membre identifié de son entourage ; elles peuvent relever d’un marquage postérieur fondé sur une attribution supposée.