Le sceau de cire rouge (N4)

Au revers du Tableau, en haut à gauche, se trouve un cachet de cire rouge d’environ 2 cm de diamètre. Il constitue l’un des marqueurs matériels les plus explicites de l’histoire récente de l’œuvre. 

Un sceau identique a été repéré sur dix autres œuvres, ce qui suggère une pratique d’apposition répétée à partir d’une même matrice.

Localisation du sceau

Le sceau de cire rouge

Verso du panneau – Passage à Rome à partir 1814

1. Lecture et reconstitution du motif

La reconstitution proposée permet de distinguer plusieurs éléments :

  • MANIFAT. DI ROMA ;

  • une grande lettre “T”, encadrée de deux motifs (interprétés comme roses) ;

  • la date 1814 ;

  • un ombrellino pontifical (sans clefs croisées) ;

  • deux étoiles à six branches ;

  • un orbe surmonté d’une croix. 

Dans l’hypothèse initiale, le “T” renverrait à Tabacco, et l’ensemble à la Manifattura des Tabacs de Rome au début du XIXe siècle. 

Reconstitution du sceau

2. Œuvres portant le même sceau

Les œuvres signalées (XIVe–XVIIIe s., majoritairement en collections publiques) sont :

1. Christ portant la Croix (Le Tableau), auteur inconnu — collection privée.
2. San Giovanni Battista (v. 1335), Pietro Lorenzetti — Pinacothèque Vaticane.
3. Madonna and Child with Angels (v. 1450), Sassetta — Metropolitan Museum (New York).
4. Madonna col Bambino (v. 1450), Maestro di Pratovecchio — Brera (Milan).
5. Madonna col Bambino i Santi e Scene de la Vita di Cristo (1346–1355), Giovanni da Milano — Galleria Corsini (Rome).
6. Christ as the Savior (v. 1510), École de Parme (?) — Walters Art Museum (Baltimore).
7. Una Bambina (Madrid, v. 1770), Lorenzo Tiepolo — collection privée (Venise).
8. La Madone Peruzzi (v. 1500), “attribué à” Raphaël ou proche collaborateur — collection privée.
9. Collection privée (non précisée).
10. Lucrèce et Collatin (1450–1500), auteur inconnu — collections du Louvre, dépôt au Petit Palais (Avignon).
11. L’Orage, Gaspard Dughet (1655–1658) — Musée des Beaux-Arts de Reims.

Les autres sceaux

3. Interprétation

Indice fort : un passage par Rome après 1814

Le sceau fixe une date minimale : la matrice est datée 1814. Les œuvres portant ce cachet ont donc été marquées (ou ont transité) à partir de 1814, peut-être sur plusieurs années.

C’est un indice de circulation (Rome / États pontificaux) plus qu’une preuve de provenance antérieure. 

Indice à interprétation prudente : propriété, contrôle, douane

En octobre 2020, le sceau a été examiné par Luca Becchetti, conservateur des sceaux des Archives apostoliques du Vatican, qui avance l’hypothèse d’un lien avec la Manifattura Tabacchi. Il souligne toutefois qu’aucun lien formel n’est établi avec le marché de l’art et qu’une autre interprétation reste possible.

Deux points renforcent la prudence :

  • l’apposition de sceaux au revers des œuvres peut correspondre à des usages variés (appartenance, contrôle, circulation, “certificat” de provenance, etc.) ; 

  • l’hypothèse d’une utilisation non autorisée de la matrice est jugée improbable, mais n’est pas exclue par principe. 

Piste “T = Tabac” et lecture institutionnelle

Selon une réponse attribuée à Claudio Dominincis (Institut Moroniana, Rome), la lettre « T » renverrait bien au tabac. Dans cette lecture, le sceau aurait pu être apposé par une administration liée au monopole du tabac, éventuellement associée aux services de contrôle et d’exportation.

Il précise que l’ombrellino, représenté sans les clefs, renverrait au pouvoir temporel de l’Église (cadre administratif) plutôt qu’au spirituel. La date 1814 s’accorderait avec le retour de Pie VII et la restauration de l’administration pontificale, contexte dans lequel un marquage administratif de circulation devient plausible.