Carton, poncif, et spolvero
1. Définition : carton, poncif, spolvero
Le carton
Un carton est un dessin préparatoire à l’échelle 1 (grande feuille assemblée ou support similaire) qui fixe la composition finale. Il sert de modèle pour transférer précisément les contours sur le support à peindre (panneau, toile, mur).
Le poncif
Un poncif est le carton rendu transférable : on perce (ou pique) le dessin du carton le long des contours avec une pointe, créant une ligne de minuscules perforations. On applique ensuite une poudre (charbon, sanguine, craie) à travers ces trous : c’est le spolvero. Le résultat sur le support est un pointillé qui marque les lignes principales.
Relation entre les deux
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Carton = l’original (le dessin modèle).
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Poncif = le carton perforé (outil de transfert) ou feuille de transfert perforée issue du carton.
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Spolvero = l’opération (et souvent la trace) du poudrage qui crée le pointillé.
2. Indices matériels d’un carton pour l’exécution du Tableau
Dessin préparatoire : lecture croisée IR / LAM
L’étude indique que l’analyse infrarouge couplée aux images LAM permet de repérer, sous des traits au fusain/pierre noire, des points de spolvero qui structurent le dessin au moins partiellement le dessin préparatoire. D’autres tracés sous-jacents carbonés seraient issus de l’emploi d’un stylet émoussé, utilisé sur un support noirci (verso ou intercalaire noirci).
Cartographie des zones concernées
Les points de spolvero sont relevés sur le Christ (et non sur le personnage de droite), notamment : œil droit, profil gauche, lèvre inférieure, oreille, cou, main droite.
Plusieurs passages décrivent des points reliés par un trait sombre, ce qui correspond au geste attendu après transfert (mise au net des contours).
Conclusion technique (carton avéré au moins partiellement)
La section dédiée conclut que ces traces démontrent l’utilisation d’un carton, au minimum pour la tête et la main du Christ.
3. Carton commun : Tableau et versions de Giampietrino
Un détail révélateur : la lèvre inférieure
Sur les images infrarouges des versions de Londres et de Budapest, on distingue un petit détail très précis : le sillon au centre de la lèvre inférieure. Le retrouver au même endroit, avec la même forme, dans plusieurs peintures n’a rien d’anodin. Ce type de coïncidence fine suggère souvent que les artistes ont travaillé à partir d’un même modèle préparatoire (un carton), plutôt que d’avoir simplement peint « dans le même style ».
Synthèse de la comparaison des lignes essentielles (IR et visible)
Au-delà de ce détail, la confrontation des tracés structurants (contours du visage, lignes d’implantation des traits, articulation de la main, axes et arêtes majeures de la croix) telle qu’elle ressort des images infrarouges et des images visibles conduit à une conclusion convergente : l’ensemble formé par le Tableau et les trois versions de Giampietrino (Londres, Budapest, Turin) paraît compatible avec l’usage d’un même carton, les écarts observables relevant davantage d’adaptations d’exécution (mise au point, reprises, variations de modelé) que d’une conception indépendante.
Cette hypothèse s’inscrit dans une continuité historiographique : dès 1996, la National Gallery de Londres (NG Bulletin, n°17, 1996, p. 9) déjà retenu l’idée d’un carton commun pour les versions de Londres et de Budapest, fournissant un cadre de référence pour étendre ensuite la comparaison au Tableau et à la version de Turin.
Sillon central lèvre inférieure. De gauche à droite : le Tableau, Giampietrino Londres et Budapest
4. Le personnage de droite : absence de spolvero et report différencié
Argument principal : pas de spolvero sur le personnage
Il est relevé l’absence de spolvero sur le personnage de droite, avec l’hypothèse qu’il ne figurait pas sur le carton initial.
Le report de ce personnage est décrit comme relevant d’un autre procédé, vraisemblablement à base de carbone (type « copie carbone »), à la différence du Christ.
Conséquence sur la composition : glissement et drapé tronqué
Pour intégrer le second personnage sans élargir le panneau, il faut envisager un glissement de la composition vers la gauche, entraînant la coupe de l’arrondi du drapé.
La conclusion de cette séquence réaffirme l’idée d’un carton du premier groupe sans second personnage, celui-ci étant ajouté lors de l’exécution ; l’arrondi coupé s’expliquerait par cet ajout.