L'ajout du nimbe dans le Tableau : une question ouverte
1. Introduction et problématique
L’ajout du nimbe autour de la tête du Christ, ainsi que l’effacement du personnage à droite, constituent des modifications majeures de la composition. Il ne s’agit pas de simples retouches décoratives, mais d’interventions délibérées visant à renforcer la dimension sacrée du Christ, modifiant profondément la lecture visuelle et religieuse de l’œuvre.
L’analyse des couches de peinture, complétée par des comparaisons stylistiques et iconographiques, montre que le nimbe ne faisait pas partie du projet initial du tableau, mais a été ajouté ultérieurement.
2. Un nimbe peint sur une surface déjà craquelée
Les observations réalisées en lumière rasante, en macrophotographie et par imagerie scientifique (LAM, expertise Genève 2024) convergent vers un même constat : les rayons du nimbe recouvrent des craquelures (flèches rouges) déjà présentes dans la peinture et dont certaines (flèches jaunes) se sont développées.
« Les clichés sous microscope montrent que les rayons du nimbe sont postérieurs à la formation des craquelures ; les traits de pinceaux passent sur les craquelures. » — Conservation Cultural Heritage, Genève, expertise 2024.
Il convient toutefois de souligner que ces repeints sont aujourd’hui étroitement fondus avec la peinture d’origine. Leur parfaite intégration matérielle suggère qu’ils ont été réalisés très tôt dans l’histoire de l’œuvre et pourraient remonter à une période ancienne, éventuellement dès le XVIᵉ siècle.
⬅️ Agrandissement, rayon du nimbe recouvrant les craquelures déjà formées (Image LAM65 -2020)
Lors de cette première phase de repeints, le nimbe a été ajouté sur un voile de peinture marron, qui atténue fortement la lisibilité des veines du bois de la croix. L’image de gauche met en évidence les veines originelles du bois, visibles avant l’application de ce voile.
3. Confirmation par une analyse indépendante
Ces résultats sont confirmés par les travaux de Ludovic Pauchard, directeur de recherche au CNRS (Saclay), spécialiste des craquelures des peintures anciennes. Il observe que :
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Les craquelures ne traversent pas certaines zones jaunes du nimbe.
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Cette différence de comportement constitue un indice fiable d’un ajout postérieur à la peinture initiale.
‘Les craquelures de la couche picturale, sans doute prématurées, ne traversent pas les zones jaunes’.
‘Concernant le nimbe les craquelures sont plus « parlantes » sur le fait qu’il a été peint a posteriori’.
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⬅️ Images macro (Fine Arts Geneva 2024)
4. Autres repeints et cohérence d’ensemble
Le nimbe n’est pas un cas isolé. D’autres interventions postérieures ont été identifiées :
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La barbe du Christ : repeinte sur une couche déjà craquelée (Etude p152).
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Les lignes de la robe du Christ : reprises visibles (Etude p159) également superposées à des craquelures préexistantes.
Ces repeints, signalés par le Rapport du Professeur Seracini, présentent les mêmes caractéristiques techniques que le nimbe, suggérant un intervention réalisée dans un même laps de temps.
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Images M. Seracini (2011) ➡️
5. Conclusion
L’ensemble des données matérielles, scientifiques et iconographiques converge vers une conclusion claire :
Le nimbe du Christ a été ajouté a posteriori, sur une couche picturale déjà craquelée, très probablement au XVIᵉ siècle, dans un but explicite de sacralisation de la figure du Christ.
Sources citées (documents joints)
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Conservation Cultural Heritage – Genève, Expertise scientifique, 2024.
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Ludovic Pauchard (CNRS, Saclay), Analyses des craquelures, avril 2024.
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Rapport du Professeur Seracini, analyses des repeints postérieurs (barbe, robe).
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Imagerie LAM (2020–2021), @Lumiere Technology