Influence du Dessin sur les contemporains de Léonard de Vinci
1. Les différentes versions du Christ Portant la Croix (vers 1500)
On trouvera ci-après les différentes versions du Christ portant la Croix (vers 1500) recensées par les historiens. Ces œuvres sont présentées selon leur appartenance aux principales écoles artistiques.
Les Vénitiens
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- Les suiveurs de Giovanni Bellini
- Giorgione (1) ou le Titien (2)
Les Milanais (3)
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- Giampietrino (4)
- Andrea Solario (5)
- Bernardino Luini
- Cesare da Sesto
Les autres écoles
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- Le Sodoma (6) (associé aux peintres Siennois, passage à Milan ?)
- Le Christ tiré par les cheveux (dont une version milanaise ‘à la manière de Giampietrino’). Ces versions, sont les seules à montrer la main tirant les cheveux du Christ.
- Marco d’Oggiono (Milanais) (7), Francesco Maineri (associé à l’école de Ferrare)
Ces différentes représentations sont ensuite comparées avec le Dessin de Venise.

Cercle Bellini

Luini
2. Une approche ‘Dessin vers peintures’
Rappelons que la comparaison vise à identifier les éléments caractéristiques du Dessin, présents dans les peintures (sens de comparaison ‘Dessin-vers-peinture’) (8). Il est nécessaire de lister au préalable les éléments caractéristiques du Dessin, qui serviront de base à l’analyse des peintures potentiellement dérivées.
Années 1960 — Restauration et découverte du second personnage
Un nettoyage ancien a conduit à la mise au jour du personnage de droite, jusque-là recouvert par une couche noire. L’intervention semble avoir entraîné des pertes (auriculaire de la main gauche du Christ ; atteinte probable à la chevelure et à l’oreille du personnage).
1987 / 1991 — SIK-ISEA (Zurich), premiers examens
Les examens suisses abordent l’état du support et des échantillons de peinture ; les conclusions situent l’œuvre dans une large fourchette ancienne, avant les campagnes plus complètes des années 2010–2020.
2011 — Expertise Editech / Maurizio Seracini (Florence)
L’expertise examine le support, l’état de la couche picturale et les repeints. Les discussions internes au dossier soulignent ensuite certaines limites de détection (spolvero/repentirs mieux révélés par l’imagerie postérieure).
2010/2011 — Datation au carbone 14
Deux analyses C14 (vers 2011) datent le panneau : Lyon 1470–1654 (95,4 %) et Zurich 1486–1676 (85,4 %). Les résultats concordent et restent compatibles avec une datation Renaissance, tout en couvrant une fourchette large.
2020/2021 — Numérisation multispectrale (Lumiere Technology)
La numérisation et les traitements (LAM) fournissent des images de très haute définition, structurantes pour l’analyse comparative et la mise en évidence de traces techniques (dessins, reports, restauration).
2022 — Université de Bologne (Ravenne), expertise de la couche picturale
Ravenne (UNIBO) associe XRF multi-points avec vidéomicroscope et micro-coupes stratigraphiques pour caractériser pigments, liants et couches. Conclusion : techniques italiennes XVe–XVIe. Stratigraphie : gesso sottile, imprimitura organique, liant huileux, sous-couche ponctuelle de blanc de plomb.
2024 — Bilan scientifique (Genève)
Le bilan genevois vise à confronter le dossier antérieur à l’observation et à valider la cohérence technique : mention d’un nimbe ajouté, lecture radiographique plus contrastée sur Le Tableau, et discussion des procédés picturaux (glacis/sfumato) et du spolvero.
2024/2025 — OSE Art Services (verso, inscriptions)
Le rapport OSE distingue un trait fin sous-jacent (TNF) et une encre épaisse postérieure (TEE), en décrivant dépôts, grains et effets de pression sur les fibres du bois, avec recommandations de compléments d’analyse.
2020/2025 — Nos propres examens
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3. Éléments caractéristiques du Dessin (grille de comparaison)
Pour comparer le Dessin avec les différentes versions du Christ Portant la Croix, nous avons conçu une grille de comparaison. Cette grille n’est probablement pas exhaustive, mais elle regroupe certains critères essentiels. Les lignes de la grille sont constituées par des critères définis à partir du Dessin et les colonnes par une sélection de peintures. Elle comprend neuf critères ou points caractéristiques du Dessin auxquels il est possible de répondre sans ambiguïté par oui (✔) ou par non (X) – (Voir Etude complète p11).

Grille de comparaison
4. Comparaison entre le Dessin et les différentes versions du Christ Portant la Croix
Chaque étude est présentée sous forme d’une fiche, divisée en deux parties principales :
La présentation de l’œuvre, incluant une biographie très sommaire des artistes, des observations relevées dans les études des historiens et parfois, des informations ou développements spécifiques.
L’analyse comparative avec le Dessin de Venise à l’aide des critères (grille offrant une vue d’ensemble).
A partir de cette grille synthétique, une première étape (synthèse préliminaire) conduit à écarterles peintures qui ne répondent visiblement pas aux critères essentiels, ce qui permet de réduire l’échantillon à analyser.
Ce nouvel échantillon mène à une seconde étape (synthèse finale) visant une analyse plus détaillée intégrant d’autres critères et observations.
5. Synthèse
Les peintres contemporains de Léonard ayant traité le thème du Christ Portant la Croix ont été présentés pour être comparés avec le Dessin de Venise. Cette comparaison s’articule en deux étapes : une première avec une grille de neuf critères issus du Dessin, suivie d’une seconde intégrant des critères complémentaires.
Notes
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(1) : Giorgione (1477 – 1510), peintre vénitien.
(2) : Le Titien (vers 1488-1546), peintre vénitien.
(3) : « Avec la seconde génération des suiveurs milanais, le motif rencontre encore plus de succès, étant entre-temps également traité par Giovanni Bellini, vers 1500… » – Marani (1987), ‘Leonardo e i Leonardeschi a Brera’, p. 37.
(4) : Giovan Pietro Rizzoli dit Giampietrino (Vers 1480-85, 1549), peintre milanais.
(5) : Andrea Solario (1460-1524), peintre milanais.
(6) : Giovanni Antonio Bazzi dit le Sodoma (1477-1549), peintre initié à l’école lombarde, assimilé à l’école siennoise.
(7) : Sur le thème du Christ Portant la Croix, son œuvre est plutôt associée à celle de Francesco Maineri.
(8) : Brown (1987) : Notre démarche est cohérente avec l’analyse de D.A. Brown dans son étude sur le Dessin deVenise et Christ Portant la Croix d’Andrea Solario : ‘Bien que l’idée de Léonard ait peut-être compris un couple de persécuteurs, nous concentrerons ici notre attention sur la figure du Sauveur’.
(9) : Le ‘ritratto di spalla’ se retrouve dans plusieurs compositions de Léonard de Vinci : ‘Feuille d’études’ NGA Washington, ‘Testa di Fanciulla’ Turin, ‘Étude de la Tête d’un Soldat pour la Bataille d’Anghiari’ Budapest, L’ange de la ‘Vierge aux Rochers’ Louvre et NG Londres, ‘La Belle Ferronnière’ Louvre, La Dame à l’Hermine’ Cracovie.