Le Dessin de Venise - Les historiens

« À la fin du Quattrocento, Léonard de Vinci devait avoir également traité divers autres thèmes dont les originaux ne nous sont cependant pas parvenus, mais seulement les versions fournies par ses disciples » (Pietro C. Marani) (1).

À partir des années 1980, des historiens d’art se sont intéressés au lien entre le Dessin de Venise et l’interprétation du thème du Christ Portant la Croix par les peintres italiens contemporains de Léonard de Vinci. Outre les principaux déjà cités, (Wilhelm Suida, Carlo Pedretti, Pietro C. Marani, David A. Brown, Carmen Bambach), d’autres spécialistes se sont également penchés sur la question : Kenneth Clark, Larry Keith de la National Gallery de Londres, Martin Kemp, André Chastel et Ludwig Goldscheider.

William Suida (2) (1929), à propos du Dessin de Venise et du Christ Portant la Croix : « Il est probable que Leonardo ait traité le motif dans plusieurs variantes, selon sa coutume, dont l’une doit sous-tendre les œuvres remarquablement concordantes des Lombards ».

Carlo Pedretti (3) (1979) : « Les études de Léonard pour le Christ Portant la Croix, dont le seul exemplaire survivant se trouve maintenant à Venise, ont conduit sans aucun doute, à une série de versions produites par son atelier et donc avec des caractéristiques lombardes prononcées qui rappellent Gianpietrino, Solario, et Luini ».

Pietro C. Marani (4) (1992) : « Le thème du Christ Portant la Croix par Leonardo, en rapport avec l’académie de Venise […] est l’un des problèmes les plus difficiles auxquels nous sommes confrontés dans notre examen des liens entre Leonardo et la peinture vénitienne […] il n’est pas non plus mentionné dans quelque document. […]. Il y a, cependant, quelques dérivations du supposé prototype de Leonardo […]. Ces œuvres ne servent à rien d’autre que de rendre plausible la théorie de l’existence d’un bien meilleur exemplaire […] peut-être même l’œuvre de Léonard lui-même ».

David A. Brown (5) (1987) : « Contrairement à ce qui a été affirmé, le Christ Portant la Croix de Bellini n’a aucun rapport avec ce que Léonard expérimentait vers la fin de son séjour à Milan ; cette dernière composition, en fait, qui pourrait avoir atteint la phase de carton, peut être reconstruite sur la base d’un dessin à la pointe métallique pour la tête du Christ aux Galeries de l’Académie de Venise, {…} ».

Carmen Bambach (6) (2003) : « Tête du Christ de Venise ‘Étude pour un Christ Portant la Croix’ : « l’idée d’une composition plus élaborée de Léonard de Vinci au travers d’un carton, n’est pas exclue, bien qu’aucun document en ce sens n’ait été retrouvé ». Carmen Bambach suggère que le Dessin pourrait être daté de 1488 ».

Kenneth Clark (7) (1939, 1967, réédition en 2005) : à propos du Christ Portant la Croix de San Rocco (Venise) de Giorgione – « Le Christ Portant la Croix où l’imitation du dessin de Léonard est évidente » et ajoute : « ce dessin nous est connu dans ses grandes lignes par les copies qu’en firent ses élèves à Milan, à partir d’un carton aujourd’hui perdu »

Larry Keith (8) (1996) : « Une étude à la pointe d’argent du Christ Portant sa Croix de Léonard aujourd’hui à Venise est clairement la source de la composition de Giampietrino de la National Gallery. Généralement daté entre 1497 et 1500, ce dessin et d’autres dessins préparatoires peuvent avoir été des études pour un tableau de Léonard de Vinci qui a été perdu ou, peut-être (pas moins probable), pour un tableau exécuté par un élève ou un artiste associé… ».

Martin Kemp (9) (2003) : « Aucun artiste n’a jamais inspiré plus de copies […]. Le travail sur des variations de thèmes préférés de Léonard de Vinci semble être devenu une sorte d’industrie à Milan après son départ en 1513 […]. Les variantes qui semblent refléter les inventions de Léonard lui-même comprennent les thèmes […] du Christ Portant la Croix … ».

André Chastel (10),(11) (1968) : « … une douzaine d’œuvres commandées à l’artiste et prévues par lui, dont nul ne peut dire si elles ont été réalisées, ou même commencées […] le Christ Portant la Croix vers 1497 ».

Ludwig Goldscheider (12) (1959) : « … Il semble possible que de cette composition Léonard ait exécuté non seulement un mais deux cartons, qui sont perdus et connus seulement par des imitations différentes. Dans le premier carton, le Christ était tourné vers la gauche (comme dans le dessin) […] la plupart des imitations que je connais de cette version appartiennent à l’école vénitienne […] Atelier de Giovanni Bellini […] Giorgione […]. Dans l’autre version, plus tardive, le Christ était tourné vers la droite, et cette composition n’a été imitée que par les peintres Milanais ».

Résumé : bien que les historiens ne soient parvenus à une conclusion définitive, l’hypothèse de l’existence d’une œuvre originale de Léonard de Vinci, ou au moins d’un carton, semble largement acceptée.

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(1) : Marani, P.C. (1987), ‘Leonardo e i Leonardeschi a Brera’, p. 37.
(2) : Suida, W. (1929), ‘Leonardo und sein Kreis’, Éditeur : Verlag F. Bruckmann A.- G. (Munich), p. 88.
(3) : Pedretti, C. (1979), L’Almanacco Italiano 1979, pp. 236-242.
(4) : Pietro C. Marani, ‘Leonardo & Venice’, Editions Bompiani 1992, pages 344 et 345.
(5) : Brown, D.A. (1987), ‘Andrea Solario’, Editions Electa (Milan).
(6) : Bambach, C. (2003), Leonardo Master Draftsman, p. 423s.
(7) : Clark, K. (1939), ‘Leonardo da Vinci’, Cambridge at the University Press, p.106
(8) : National Gallery London (1996), Larry Keith and Ashok Roy, Technical Bulletin N°17, ‘Giampietrino, Boltraffio, and the Influence of Leonardo’.
(9) : Oxfordartonline (2024), https://www.oxfordartonline.com (La référence n’est plus accessible sans inscription préalable).
(10),(11) : Chastel André (1912 – 1990), historien de l’art français, spécialiste de la Renaissance italienne.
(12) : Flamarion (1968), documentation Ottino della Chiesa, A. ‘Tout l’œuvre Peint de Léonard de Vinci’, p.6. Goldscheider, L. (1959), (reprinted 1975), ‘Leonardo, Paintings and Drawings’, Phaidon Press (Londres), p.152.