Le Dessin de Venise - Le Tableau et Giampietrino (N3)
Le Dessin de la Tête du Christ conservé aux Gallerie dell’Accademia de Venise constitue l’un des axes majeurs de l’étude.
Attribué à Léonard de Vinci, il occupe une place centrale dans la réflexion menée sur les Christs Portant la Croix milanais, tant par son expression que par son vocabulaire formel et anatomique.
De nombreux historiens, Wilhelm Suida, Carlo Pedretti, Pietro C. Marani, Carmen Bambach, Larry Keith, ont souligné son influence sur les modèles peints produits par l’école milanaise.
L’étude complète (Présentation, Influence, historiens…) confirme que ce dessin joue un rôle déterminant dans la compréhension des relations entre Le Tableau et les versions attribuées à Giampietrino.
1. Le Dessin de Venise : une source reconnue par les historiens
Depuis la première mention par Wilhelm Suida en 1929, le Dessin de Venise est considéré comme :
– une étude pour un Christ Portant la Croix,
– un élément préparatoire pour une composition plus vaste aujourd’hui perdue,
– ou encore la trace d’un carton utilisé par plusieurs peintres milanais.
Les historiens cités convergent sur plusieurs points :
– le dessin a probablement servi de modèle initial ;
– les versions milanaises dériveraient d’un carton commun ;
– ce carton pourrait être issu d’une composition originelle de Léonard.
La National Gallery de Londres (Bulletin technique) confirme que les versions de Giampietrino de Londres et de Budapest s’appuient sur un modèle cohérent, pleinement compatible avec la morphologie du Dessin de Venise.

Le Dessin de Venise : une source majeure
- – Étude attribuée à Léonard
– Influence reconnue par les historiens
– Possible composition perdue ou carton
2. Rapprochements morphologiques entre le Dessin et Le Tableau
L’examen détaillé révèle plusieurs concordances significatives :
– Pli du cou accentué, orienté vers le spectateur ;
– Pommette saillante, identique au dessin ;
– Couronne d’épines à deux branches (rare dans les versions milanaises classiques) (Figure ci-contre ➡️) ;
– Modelé très doux, transitions progressives proches du sfumato ;
– Position de la tête dans un mouvement de « ritratto di spalla ».
Ces caractéristiques apparaissent plus fortement dans Le Tableau que dans les œuvres milanaises de Giampietrino ou Solario.
Elles suggèrent que l’auteur du Tableau s’est appuyé sur une lecture plus directe ou plus fidèle du Dessin de Venise.

Rapprochements morphologiques
- – Pli du cou identique
– Couronne d’épines à deux branches
– Modelé proche du dessin
3. Hypothèse du carton commun : Giampietrino et Le Tableau
L’étude technique montre que trois versions de Giampietrino (Londres, Budapest, Turin) présentent :
– les mêmes dimensions ;
– les mêmes tracés visibles en infrarouge (Londres et Budapest) ;
– une superposition presque parfaite des formes.
La National Gallery a démontré que les versions de Londres et Budapest proviennent du même carton.
Notre étude confirme que Le Tableau présente également une coïncidence de structure avec ce modèle.
Toutefois, des éléments majeurs distinguent Le Tableau :
– présence de repentirs absents chez Giampietrino ;
– usage du spolvero (Giampietrino utilise plutôt un transfert carbone) ;
– radiographie très contrastée, indiquant un modelé interne plus complexe ;
– qualité du sfumato supérieure à celle des versions attribuées à l’atelier.
Ces données conduisent à une conclusion méthodologique :
Le Tableau dérive du même carton que les œuvres de Giampietrino, mais il ne peut pas être attribué à Giampietrino lui-même.

Hypothèse du carton commun
- – Superpositions IR cohérentes
– Versions Londres / Budapest / Turin
– Tableau ≠ Giampietrino (différences techniques majeures)